samedi 14 mars 2020

samedi 14 mars 2020

Mes amours,
 
Vous êtes beaucoup trop petites pour réaliser ce que nous vivons en ce moment et franchement j'en suis ravie. Pourtant dans quelques années vous évoquerez ces évènements dans vos livres d'histoire et avec vos enfants et petits-enfants comme la plus grande crise sanitaire des dernières années. Aussi ai-je décidé, comme je le fais de temps en temps, de vous écrire des lettres pour vous raconter et laisser une trace, notre trace.
 

 
Vendredi 13 mars
 
Depuis plusieurs jours et semaines nous entendons, partout dans le monde et maintenant chez nous, parler d'un virus extrêmement contagieux et agressif : le coronavirus ou covid 19. Nous faisons face à une véritable pandémie et une crise sanitaire comme la France n'en avait plus connu depuis des décennies.
 
Hier notre Président a annoncé la fermeture jusqu'à nouvel ordre des écoles, crèches et autres universités, complexes sportifs et autres lieux d'accueil. Les rassemblements et manifestations comme les concerts, les matchs de foot, les salons et les conférences ont également été annulés. Il a appelé à la responsabilité de chacun : à limiter nos déplacements, à ne pas nous réunir, à rester chez nous autant que possible, à nous protéger ainsi que les autres face à ce virus qui ne cesse de se propager.
 
Jusque-là j'étais plutôt cool. Je n'étais pas particulièrement stressée et angoissée. J'avais conscience des risques et je ne minimisais pas la situation mais je n'avais aucune envie de sombrer dans la psychose. J'allais suivre les consignes et appliquer avec vous les recommandations. J'allais limiter nos déplacements au strict minimum et je croisais les doigts pour que nous passions tous au travers des mailles du filet.
 
Mais ce matin, alors que j'avais entrepris surement naïvement et bêtement d'aller faire quelques courses, je me suis retrouvée au beau milieu d'une scène surréaliste. Notre monoprix était plein à craquer. Les gens étaient angoissés, pressés et agressifs. Ils se poussaient, se bousculaient et remplissaient leur caddie jusqu'à les faire dégueuler. Je me suis pratiquement faite insulter en posant la main la première sur un petit pot pour Maura.
 
Poussée par ma surprise, ma bêtise et mon instinct de survie et de mère protectrice, j'ai donc fait le mouton. J'ai déposé mon panier au profit d'un caddie que j'ai voulu remplir de lait pour vous et de couches mais il n'y avait plus rien. Puis je me suis dirigée vers les fruits et légumes, là encore le désert. Je suis allée aux pates et aux conserves, les rayons étaient vides. J'ai quand même eu le dernier paquet de rouleaux de papier toilette et j'ai donc essuyé les regards mauvais et les insultes à peine voilées.
 
J'en plaisante mais j'ai été profondément choquée par ce que j'ai vécu. J'étais à deux doigts de pleurer. Je n'ai pas compris comment les gens pouvaient se montrer si petits et égoïstes. Perdre tout sens commun et bon sens. Etais-je à l'ouest et refusais-je de voir la réalité en face ? ou paniquaient-ils pour rien ? Je n'avais pas la réponse.
 
J'ai envoyé votre père chercher votre lait et des couches ! Et je me suis précipitée chez Picard pour acheter des légumes et des fruits pour faire les petits pots maison. J'ai fait chou blanc sans mauvais jeu de mot mais nous avons du lait pour une dizaine de jours. Je respire à nouveau.
 
Je plaisante mais je ne sais pas quoi penser. Franchement. Je suis un peu anesthésiée. Je ne panique pas. Je ne vais pas cesser de vivre mais je suis dans le flou et dans le brouillard. Je ne sais pas à quoi m'attendre ni même où je me situe vraiment. Ce que je sais, c'est que je ferai mon maximum pour que nous allions bien et que nous profitions de la chance d'être ensemble.
Ah et je suis aussi bien contente que Mamie Maman soit avec nous aujourd'hui. Même à bientôt 33 ans un câlin de sa maman quand rien ne va, c'est juste ce qu'il me fallait après vous avoir serrées toutes les deux très fort dans mes bras et sniffer vos petits cous tout doux.
 
Je vous aime mes amours, toujours à côté pour vous.
 
Maman
 
 

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