mardi 11 février 2020


" Ne soit pas triste, quelle que soit l’ampleur de l’épreuve !
Souviens-toi que ce qui t’arrive est un décret et un destin qui doit se réaliser
et que l’obscurité de la nuit finit toujours par céder à la lumière du jour. "
Extrait de Grey’s Anatomy


Je n'ai pas été très présente ici ces derniers temps même si j'avoue avoir envie de revenir doucement. Et cela fait encore plus longtemps que nous n'avons pas parlé de PMA. Non pas que j'oublie d'où je viens mais simplement car bien qu'elle m'ait offert le plus beau cadeau du monde, elle ne fait, aujourd'hui,  "plus partie de mon quotidien" à proprement parlé.
 
Je reçois malgré tout très régulièrement des emails ou des MP via Instagram à ce sujet. Des remerciements pour mes mots et témoignages ici. Des annonces de grossesses qu'on a envie de hurler mais qu'on garde secrètes jusqu'au fameux 3ème mois. Ou encore un certain nombre de questions comme aujourd'hui : "Jusqu'à quel point doit-on se battre et comment sait-on quand c'est le moment d'abandonner ?".
 
Cette question m'a fait l'effet d'une bombe et d'une claque reçue en pleine figure tant elle a réveillé de souvenirs en moi et tant je sais et comprends ce que cette personne ressent à ce moment-là. (D'ailleurs si tu repasses ici, je t'embrasse fort et n'oublie pas que nous pouvons en rediscuter quand tu voudras.) Cette - p u t a i n - de question, je me la suis posée plusieurs fois et pour plusieurs raisons. J'avais écrit un billet en 2018, pendant ma seconde grossesse, à ce sujet. Billet que je n'ai jamais publié finalement. Je crois que c'est le bon moment car je sais qu'en PMA, quand les épreuves, les échecs, les doutes, les peines et les problèmes nous envahissent, c'est une question que l'on est toutes et tous à même de se poser.
 
Je ne le corrige pas. Je le laisse brut et tel que je l'avais écrit à l'époque et j'espère qu'il parlera à certaines / certains qui seraient dans ce tunnel et qui n'en verraient pas le bout. Je rajouterais juste qu'il faut choisir ses combats dans la vie mais que, pour moi, celui-là en vaut la chandelle et que c'est bien celui qu'il faut tenter de gagner quoi qu'il en coute et ce, même si la victoire au bout n'est peut-être pas celle que vous attendez, imaginez ou espérez aujourd'hui...


Le 29 mai 2015, j'écrivais : 
" Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire,
pour lesquelles nous pouvons nous battre et lutter.
Refuser d'abandonner et continuer d'avancer quoi qu'il en coute.
Mais il y a aussi un moment où la fatalité prend le dessus.
L'issus est inévitable aussi triste et injuste soit-elle.
Faut-il persister dans cette voie ou lâcher sous peine de paraître lâche et faible ?
Nous, spectateurs impuissants, devons-nous encourager, pousser au-delà des limites
ou au contraire, accepter ce qui ne peut être changé
et accompagner, aider et soulager autant que possible jusqu'à la fin ?
 
Si nous sommes maîtres de nos destins
et que nous avons l'opportunité de nous donner les moyens de réussir ce que l'on désire,
nous devons aussi apprendre à accepter l'inévitable et à lâcher prise...
Parce qu'il n'y a pas d'autres solutions.
Et parce que parfois, c'est le mieux que l'on puisse faire par amour et par respect pour l'autre. "
 
A l'époque tout n'était pas facile. Après plus de 6 mois, les essais bébés essuyaient leurs premiers échecs, les questions, les angoisses et les remises en question fusaient. Tout s'est pourtant arrêté net lorsque ma grand-mère a fait son AVC et s'est retrouvée dans un état critique. Les médecins nous demandaient alors quelles étaient les consignes à appliquer en matière de soins et de réanimation le moment venu... Malheureusement nous avions déjà été confrontées à cette situation avec mon grand-père quelques années auparavant et ses consignes étaient on ne peut plus claires. C'était une évidence pour nous de respecter sa volonté. Pourtant, une bataille faisait rage à l'intérieur de moi-même entre la fatalité et donc la nécessité de l'accepter et au contraire la volonté farouche de se battre coute que coute. Nous l'avons laissée partir, en paix, comme elle le souhaitait et pour son bien.
 
 
 
Quand je relis ces lignes et que je repense à cet évènement aujourd'hui je n'ai aucun regret malgré la douleur de son absence. Néanmoins sorties de leur contexte, ces lignes me font également sauter au plafond. Car ces mots je les ai pensés, vécus, dormis, rêvés, cauchemardés, respirés à de nombreuses reprises dans mon parcours de PMA...
 
Le contexte est diamétralement opposé et pourtant il dépend également de la médecine et d'une dimension de santé que rien ni personne ne peut parfaitement maîtriser. Ces doutes et cette volonté d'abandonner flottaient comme une ombre derrière moi dont il est impossible de se défaire.  Tentatrice, elle semblait la solution pour un avenir plus calme et apaisé quand je me sentais asphyxiée, en colère et dépassée par les difficultés et les douleurs de ce parcours souvent chaotique. Personnellement je n'ai jamais cédé parce que j'ai abordé la PMA comme le moyen de faire mon deuil de la maternité, comme la dernière bataille pour ne rien regretter face à la fatalité. Je vous en parlais ici, et je n'ai réalisé cela qu'après deux mois d'une grossesse arrivée outrageusement rapidement.
 
Je sais en revanche que beaucoup de femmes, de couples et de familles se retrouvent souvent face à l'overdose de mauvaises nouvelles, de tests négatifs, d'examens trop nombreux et douloureux, de médecins pas toujours empathiques et j'en passe... Je sais aussi que par moment il est impossible de positiver, de croire en ses chances et en ses rêves et de se dire que bientôt notre tour viendra.
 
Toutefois, si dans certains cas, il faut savoir lâcher prise, la vie ne cesse de me prouver que dans la majorité, il ne faut jamais abandonner.
Il ne faut pas avoir honte de céder à la peine et au ras le bol.
Il faut savoir aussi faire des pauses pour se ressourcer, faire le plein et retrouver des forces tant physiques que morales pour mieux redémarrer et mettre toutes les chances de son côté.
 
En médecine et plus particulièrement en gynécologie, il n'existe pas de science exacte et des miracles arrivent régulièrement : j'en suis la preuve vivante.
C'est difficile voire impossible mais quand on veut un bébé on dispose d'une force que l'on ne soupçonne jamais. Une force qui pousse les limites à chaque fois qu'on pense les avoir atteintes et qui nous emmène toujours plus loin jusqu'au bout du tunnel...
Quelles que soient les épreuves, le temps et les difficultés, je crois vraiment qu'il ne faut jamais perdre espoir et continuer à sa battre car les bonnes nouvelles n'arrivent pas qu'aux autres même dans les cas les plus désespérés....
 
Et si ma grossesse peut véhiculer un message,
pour toutes celles qui ont vécu comme moi la PMA et l'infertilité voire la stérilité,
alors ce sera celui-là :
NE JAMAIS BAISSER LES BRAS
OU ARRETER DE SE BATTRE
POUR L'ENFANT  TANT DESIRE ET DEJA ADORE.
 
 
 

0 commentaires:

Publier un commentaire