dimanche 10 février 2019

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Madame,
 
Je sais qu'il est d'usage de dire Docteur lorsque nous nous adressons à un médecin. Cependant, pour moi, vous n'avez de médecin que le titre sur la plaque dorée accrochée à la façade de votre immeuble et vous ne méritez en rien les égards qui lui sont dus. 
 
Après plus de deux ans de tentatives vaines pour avoir un bébé, mon gynécologue vous a vivement recommandé à moi en me ventant toutes vos qualités, votre humanité et vos mérites pour comprendre ce qui n'allait pas chez moi et du même coup trouver les réponses pour construire notre famille. Vous étiez sans nul doute la magicienne qui allait faire de notre rêve une réalité. C'est donc déterminée, sereine, en toute confiance et pleine d'espoir que j'ai poussé la porte de votre cabinet pour la première fois en avril 2016. Votre réputation vous précédez largement. 
 
Lors de notre premier rendez-vous je me rappelle vous avoir trouvée plutôt souriante, emphatique, calme et posée. Vous m'avez expliqué que nous allions faire une batterie d'examens complète pour comprendre ce qui dysfonctionnait et trouver les solutions adaptées le moment venu. Vous avez insisté sur le fait qu'à notre prochaine rencontre je devrai avoir fait l'intégralité des examens demandés car il vous faudrait tout avoir pour comprendre, tirer les bonnes conclusions et poser un diagnostic fiable. C'était impératif - une nécessité absolue - somme toute très logique d'ailleurs. Vous m'avez dirigée vers des confrères qui, je cite, avaient toute votre confiance, pour effectuer les analyses / échographies et autres tests spécifiques. Et je n'ai pas hésité une seconde à suivre vos directives. Je suis donc sortie de ce premier entretien, délestée d'une coquette somme mais bien contente et prête à tout. À peine rentrée chez moi, je prenais tous mes rendez-vous à la hâte. 

 
Quelques jours plutard à peine, je rappelais votre secrétaire pour prendre les derniers rendez-vous manquants auprès de votre confrère dans le même cabinet médical que vous et avec vous-même en suivant pour le verdict final. 
 
Tous nos tests sous le bras, Monsieur et moi, nous sommes rendus à votre cabinet avec un poids sur les épaules. Nous étions comme en apnée à quelques minutes de la révélation. Ça n'a rien de spectaculaire, de merveilleux ou de dingue et pourtant c'est bel et bien une partie de nos vies qui se jouait à ce moment-là. Nous n'avions jusque là aucune information, ni aucune idée de la direction que nous prenions car nous ne savions absolument pas interpréter les premiers résultats que nous avions déjà en notre possession. Personne n'ose se prononcer car ils n'ont pas toutes les données et que le sujet est bien trop sensible. La responsabilité revient donc au médecin en charge du dossier, tant est si bien que nous, pauvres mortels - novices et ignorants, attendions encore et encore de vous voir pour savoir...

 
À 14h nous avions l'échographie tant attendue ! Ce fut un véritable cauchemar pour moi, pour nous, entre remarques désobligeantes, jugements et douleurs sans précédents. J'ai saigné comme en pleine période de règles tant il avait été doux et prévenant et je vous épargne le compte des bleus que j'avais sur tout le ventre et une partie de mon intimité... Pour autant j'ai retenu Monsieur de dire ou faire quoi que ce soit alors qu'il bouillonnait et voyait les larmes me montaient aux yeux. Je ne voulais que le résultat de son examen et pouvoir ensuite vous retrouver pour tout interpréter quelques minutes après.

 
Après un cafouillage ou un mal entendu, votre secrétaire m'indiquait que nous n'avions pas rendez-vous. Il n'a pas été pris mais vu que nous étions là, vous nous recevriez entre deux et nous allions donc patienter... J'aurais dû proposer de revenir mais je n'en ai pas eu ni la force, ni le courage - pas même la présence d'esprit en réalité. Et nous avons attendu, dans un canapé en cuire, ce qui m'a semblé une éternité avant d'enfin entendre nos noms appelés. Je me rappelle de tout dans les moindres détails dès cet instant comme si ma mémoire refusait d'oublier la moindres seconde de ces quelques minutes si importantes et marquantes dans nos vies.
 
Vous étiez souriante, joyeuse et détendue et bizarrement votre état était contagieux et je me suis retrouvée soulagée et confiante. Vous avez ouvert une pochette en carton rouge et nous disant "j'ai reçu vos résultats sanguins." Vous avez levé les yeux vers nous avec un immense sourire et un regard joyeux en ajoutant "je n'ai pas une très bonne nouvelle Madame ! Vous êtes stérile vous n'aurez jamais d'enfant biologique !". Dès lors, je ne vous écoutais plus, au mieux je vous entendais. J'étais dans une sorte de brouillard aveuglant et paralysant qui m'empêchait de faire, d'agir, de penser. Je percevais quelques brides de votre discours sans pour autant tout entendre, tout comprendre et encore moins suivre vos explications et interprétations. Mon cœur avait manqué un battement. Mon monde s'écroulait et mes rêves semblaient se matérialiser en images devant mes yeux pour mieux partir en fumée... 
 
Puis à un moment - je serais bien incapable de dire au bout de combien de temps - je vous ai entendue parler de ma réserve ovarienne qui était nulle, preuve de ma stérilité et de ma ménopause précoce. Sauf que là, quelque chose s'est rallumé dans ma cervelle et m'a ramenée avec vous. Votre confrère venait précisément de dire le contraire. Elle était pauvre - trop faible pour mon âge par rapport à la normale - mais elle n'était pas nulle. Il me semble vous avoir coupé la parole en balbutiant un truc comme "mais ce n'est pas ce qu'il vient de dire... ?!". J'étais à nouveau là mais perdue. 
 
Vous avez consenti à ce moment-là à me regarder ou à me voir vraiment. J'entends par là sans ce masque à vomir, dégoulinant de fausses empathie et bienveillance. Je vous ai alors tendu les résultats que vous avez accepté de regarder pour la première fois - résultats qui étaient pourtant selon vos propres mots et vos propres avertissements fondamentaux et indispensables à l'établissement de votre diagnostic... Vous avez tourné les pages. Êtes passé d'une page à une autre avant de faire marche arrière à nouveau et d'aller aux suivantes... Cette fois-ci sans nous regarder vous avez dit " Ce n'est peut être pas aussi catastrophique que ça. Vos résultats sont incohérents, il faut les refaire." Autant vous dire qu'à partir de ce moment-là vous n'aviez plus une once de crédibilité à mes yeux. Vous étiez dès l'instant catégorisée en tans que mauvais médecin, incompétente, pas professionnelle, irrespectueuse et machine à fric ! 

 
Nous ne nous connaissons pas ou peu, Madame, et vous ne savez finalement rien de moi mais sachez que ce jour là vous auriez pu tout anéantir chez moi : ma vie, mon couple, ma famille, ma confiance en moi, mes rêves, mes espoirs  et j'en passe. Et si seulement vous aviez eu raison alors je n'aurais absolument rien pu vous reprocher. Je crois que je vous aurais même plainte de devoir jouer ce rôle pour des couples comme nous. J'aurais été sincèrement triste pour vous, de cette partie si cruelle et injuste de votre métier. Et aujourd'hui, loin de toute empathie, je ne pense qu'aux couples à qui vous avez réservé le même sort et le même discours... A ces couples qui vous ont fait confiance et qui ont mis leurs projets de vies et de familles entre vos mains soi-disant expertes... A ces couples que vous avez envoyé immédiatement en Espagne pour procéder à un don d'ovocytes moyennant de jolies sommes et anéantissant du même coup toutes leurs chances de devenir parents biologiques...
Vous devriez avoir honte, Madame, d'être ce bourreau ordonné par un manque manifeste de sérieux, de compétence et de professionnalisme ! Vous faites honte au serment d'Hippocrate que vous avez prononcé un jour...
 
Dans mon cas, je dois finalement vous remercier. D'une certaine manière, votre manque total d'empathie à notre égard et votre manque de professionnalisme a éveillé en moi une force que je ne soupçonnais pas et une détermination sans faille. Je me doutais que quelque chose n'allait pas mais je n'avais jamais envisagé cette situation immuable. J'étais prête à accepter la vérité de mon état - aussi injuste et cruelle soit-elle - mais j'allais demander un autre avis plus sérieux, cohérent et auprès d'une personne qui aurait gagné ma confiance ! C'est au culot que je suis allée frapper à toutes les portes que je pouvais pour obtenir des noms et des rendez-vous et c'est comme ceci que je suis tombée sur un véritable médecin, humain et objectif !
 
Car voyez-vous dans quelques semaines je donnerai naissance à mon deuxième enfant; un bébé couette comme le dit la coutume en PMA ! Un bébé venu naturellement agrandir la famille et faire de notre fille aînée une merveilleuse grande sœur. Petite fille née en avril 2017, soit une année quasi jour ou jour après notre rencontre, à la suite d'une stimulation ovarienne suivie et déclenchée par un médecin qui revendique le fait "qu'il n'existe aucune science exacte et qu'on ne peut pas être aussi catégorique tant qu'on n'a pas au moins essayé !".
 
Vous vous êtes trompée. Vous auriez pu nous voler l'opportunité, la chance et le bonheur d'être parents biologiques mais heureusement la vie et le destin en ont décidé autrement. Et aujourd'hui j'espère du plus profond de mon être, de mon cœur, dans mes chaires et dans mes trippes, que toutes les personnes pour lesquelles vous avez fait une erreur de diagnostic ont eu la même issue que nous.
 
Quant à vous, je ne peux que vous souhaiter de n'avoir jamais affaire à quelqu'un comme vous car je suis convaincue que même dans ces circonstances vous ne vous rendrez jamais compte de ce que vous êtes, de ce que vous faites tant vous semblez avoir une haute opinion de vous-même... Je souhaite être la seule à qui vous avez fait ce genre de chose ou, comme je le ne crois pas, que le bouche à oreille fasse son effet rapidement et que les gens désertent votre cabinet.
 
Quant à moi je continuerai de dire tout le bien que je pense de vous dès que possible mais à partir de ce jour vous ne serez plus qu'un mauvais souvenir et non le fantôme qui continue de ma hanter et d'alimenter mes pires craintes et mes moments de doute.
 
Adieu.
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https://www.grazia.fr/lifestyle/voyages/paris-lieux-admirer-vue-coucher-soleil-905147
Depuis les premières semaines de ma grossesse de Charlie je pense, j'écris, j'efface, je déchire, je pleure cette lettre roman... Vous l'aurez compris, il s'agit d'une correspondance avec celle que je nomme ici mon bourreau soit le médecin qui m'a annoncé que j'étais stérile. Il m'arrive encore régulièrement de voir son visage et d'entendre ces mots dans mes cauchemars et dans mes insomnies... Pourtant je ne l'enverrai jamais car je n'attends aucune réponse de sa part. Je ne veux aucune réponse de sa part ni plus aucun contact quel qu'il soit d'ailleurs.
 


J'ai depuis des mois et même des années du coup maintenant repoussé la lecture de ces mots en entier mais allez savoir pourquoi, le thème de ce 10 du mois m'a immédiatement fait pensé à cela car non je n'ai rien oublié .... mais je réalise aussi que je me pollue l'esprit et le cœur avec quelque chose que je devrais enfermer dans une boîte et reléguer au dernier plan.
 
Et je crois que mettre ces mots et ces maux ici sont aujourd'hui pour moi une sorte de thérapie et j'ai envie de tourner définitivement ce chapitre malheureux de mon histoire pour me concentrer sur les miracles que j'ai vécus et continue de vivre au quotidien.
 
Conclusion, une page se tourne aujourd'hui - j'espère - et disons que le meilleur est à venir...
 
Et pour celles et ceux qui passent et arrivent par là à cause des billets sur la PMA, n'hésitez pas à m'envoyer un petit mail pour que je vous donne son nom et ses coordonnées à bannir de vos contacts potentiels !


 

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