lundi 22 janvier 2018

 
" Fais de ta vie un rêve et d'un rêve une réalité. "
Alfred de Musset

 
Il y a quelques jours je passais un examen de contrôle à priori totalement anodin : une simple échographie de la tyroïde comme j'en fais depuis des années. Sauf que là le médecin passe et repasse. S'acharne même à certains endroits et commence à me questionner. Il me dit rapidement que cette fois il faut ponctionner et vérifier que ce n'est pas cancéreux. Sur le coup c'est une petite claque. Ce n'est pas une surprise mais je me dis que c'est encore une tuile dont je me passerais bien. Puis je relativise assez vite car je sais ce dont on parle, les risques évidemment mais aussi les traitements. Mon compte rendu sous le bras, je règle la note et claque la porte du centre de radiologie. Le froid me pique le nez mais au fur à mesure que je marche, c'est tout autre chose qui me glace le sang et les os en s'insinuant partout en moi vicieusement. C'est la peur. La peur de la laisser. La peur de ne plus être là. La peur de devenir un jour son ange...
 
La maladie je la connais. Je ne l'ai que trop côtoyée depuis presque toujours. Je connais aussi la mort. La mort naturelle. La mort "acceptable" liée à l'âge. Mais aussi les vies volées, injustement. Ayant aussi une santé souvent fragile, c'est une éventualité que j'ai souvent imaginée dès le début de notre projet bébé. Encore plus dès que je suis tombée enceinte. J'ai même choisi son parrain et sa marraine avec cette possibilité; des gens capables de prendre le relais, de l'élever comme je le voudrais et de l'aimer comme un membre de leur famille à part entière. Pour autant, jusque-là c'était complètement abstrait. Une idée. Une éventualité, certes tragique, que l'on évoque surtout par bon sens et pour se rassurer mais sans vraiment y penser.
 
Il n'aura fallu qu'un mot : C A N C E R, pour faire remonter en moi tout un tas de souvenirs, de peurs et d'angoisses. Ceux de la fillette de 7 ans qu'on essaye de préparer tant bien que mal et de protéger face à la maladie de sa mère et au risque de la voir disparaître du jour au lendemain. Ceux de cette enfant qui a grandi mais qui vit toujours avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, se demandant si et quand le crabe va revenir pour lui voler sa mère. Ceux de cette adulte qui a dit au revoir à des gens qu'elle aimait. Ceux de cette tante qui a tenté de consoler et d'expliquer pourquoi un père peut partir emporté par la maladie à 40 ans laissant ses enfants de moins de 10 ans orphelins... Et si demain c'était mon tour ?
 
Et si moi aussi j'étais emportée par la maladie laissant ma fille sans mère. Si je n'étais pas là pour fêter ses anniversaires, la voir grandir, soigner ses plaies, sécher ses larmes, consoler son premier chagrin d'amour, lui apprendre à se défendre et à ne pas se laisser faire, lui montrer le chemin et le bon exemple, l'aider à se relever plus forte des chutes qu'elle fera...
 
Je n'imagine pas le pire et à vrai dire je ne me fais pas beaucoup de souci pour ces résultats. Sas compter que ce n'est pas grand chose comme problème et vraiment très commun. Quoi qu'il arrive quelque chose me dit que tout se passera bien et ce même si certains projets doivent être remis en cause ou tués dans l'œuf (sans mauvais jeu de mots !). Ce n'est pas ma première frayeur et ce ne sera pas la dernière mais elle est là maintenant. Elle. Mon tout. Mon amour. Mon trésor. Celle que je veux chérir autant que possible, protéger et préserver. Elle change la donne. Elle change tout en fait. Et ce petit caillou sur mon chemin en ce début d'année me donne encore plus envie de vivre pleinement. De vivre chaque jour comme si c'était le dernier. De profiter de chaque instant et de me réjouir de chaque petit bonheur du quotidien car on ne sait jamais ce que sera demain...
 
Aujourd'hui j'ouvre un carnet où je lui écrirai. Je lui écrirai quand j'aurais envie. Je lui laisserai peut être des messages et des leçons de vie que je lui expliquerai. Je lui dirai combien je l'aime et combien elle change ma vie. Je lui parlerai aussi de mes souvenirs, des moments de notre vie aujourd'hui, de son père, des membres de notre famille. J'imaginerai ce que sera sa vie demain ou ce que j'ambitionne pour elle... Je coucherai sur le papier les mots que mon cœur dictera le moment venu. Peut-être ne lira-t-elle jamais ces lignes. Peut-être que je les lui donnerai un jour. Ou peut-être encore qu'elle les aura alors que je ne serai plus là comme une trace... On verra. Toujours est-il que la vie ne nous attend pas et que tant que c'est possible, c'est à nous de l'écrire et d'en faire ce que nous voulons... de faire de nos rêves, notre réalité.
 

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