mercredi 17 août 2016

" Les femmes sont extrêmes ;
elles sont meilleures ou pires que les hommes. "
Jean de la Bruyère
dans les Caractères


Evidemment il s'agit là d'un titre on ne peut plus ironique. Pour me calmer et après une énième réflexion qui fait circuler mon sang beaucoup trop vite dans des recoins de ma personne que je ne soupçonnais pas, j'ai envie de partager avec vous, entre humour et sarcasme, le top 10 de mes réflexions préférées depuis que je vis l'infertilité.

http://1001chosesanepasdireauxinfertiles.blogspot.fr/2013_11_01_archive.html
Je ne sais pas vous mais moi je note trois phases. La première débute gentiment avec les essais bébé qui, chose dingue, folle et inimaginable, ne viennent pas forcément dès le lendemain du mariage ! Elle est néanmoins plutôt douce et bienveillante et traduit, la plupart du temps, d'un réel intérêt voire d'un petit encouragement. Là ça passe encore,  même si c'est un peu maladroit. La seconde est plus vicieuse et sournoise. Elle intervient après des mois qui peuvent se compter en année d'essais vains, de doutes et d'angoisses. Dès que le problème commence à se profiler et à prendre une forme concrète et monstrueuse. La dernière arrive avec le couperet de l'infertilité avérée comme pour pimenter les ravages persistants d'une bombe qui vient d'exploser. C'est sans doute la plus réactive et celle qui, engendre chez nous, pauvres infertiles, des émotions pour le moins vives et intenses.  Et qui n'ont pas grand-chose à voir avec la peine ou la douleur mais qui s'apparentent plus à la rage et à la menace soudaine d'un bon coup de poing dans la gueule !
PHASE 1 : LA PSEUDO BIENVEILLANCE MALADROITE
1. "Alors c'est pour quand le bébé ?"
Plutôt sympa comme question et anodine mais pourtant lorsqu'on essaie, qu'on met du cœur à l'ouvrage en plus, mais que rien ne vient, cette simple question en apparences, devient un coup de massue qui fait mal et dont on se passerait bien.
2. "Vous n'avez pas encore de bébé mais vous êtes mariés depuis combien de temps déjà ?"
Le niveau commence à monter. On retourne à l'âge de pierre lorsque mariage était synonyme de premier rapport sexuel sans contraception et donc naissance d'un bébé 9 mois après. Exit toute notion de profiter, voyager, construire pour préparer et optimiser l'arrivée d'un futur bébé... Sans compter que dans mon cas, nous nous sommes mariés très jeunes et je n'avais clairement pas compris que nous étions si pressés... Honte à moi !
3. "L'horloge biologique est en marche, il faudrait peut-être y penser.
Le temps ne vous attendra pas."
Celle-ci je l'adore et elle me donne envie de hurler : "_ J'ai 28 ans bordel de merde ! Tu ne peux pas la fermer et me foutre la paix ?!!!!" Pardon pour la grossièreté, mais la politesse disparaît totalement dans ces moments-là. C'est un réflexe pur et simple même si je n'ai évidemment encore jamais prononcé ces mots à haute voix. En revanche, je crois que certaines fois mes yeux ont parlé à ma place et qu'ils ont compris ou deviné le fond de ma pensée. Et le pire dans tout ça, c'est que je dois me tempérer vu qu'ils ont raison ces cons. J'ai 28 ans et pourtant je suis déjà en voie de péremption mais bon dans la majorité des cas, ça n'a pas lieu d'être !


PHASE 2 : L'INSISTANCE DEPLACEE MELEE DE CURIOSITE MALSAINE
4. "Arrête d'y penser, c'est dans ta tête !"
Effectivement le psychologique joue beaucoup, je n'en doute pas mais techniquement et physiquement il se passe malgré tout certaines choses pour lesquelles il faut retournée aux cours de SVT niveau collège. Il y a quelques combinaisons biologiques qu'ont rien à voir avec la tête. Toutefois, ce genre de remarques nous casse la tête, ça c'est indéniable !
  
5. "Vous êtes jeunes, ça va marcher."

A défaut de philosophie de comptoir, c'est une bien belle phrase toute faite et un raccourci facile pas toujours judicieux. Un jour il me semble que je répondrai la vérité avec le plus grand des sourires :
"_ Je n'ai pas 30 ans mais j'ai l'âge ovarien d'une femme de 45 ans qui comme chacun sait n'est pas l'âge le plus propice pour avoir des enfants. C'est une question de mois avant que je sois une jjjjjeeeeuuuuunnnnneeeee stérile."
6. "Tu es sûre que tu le veux vraiment ?"

Je sais pas vous mais moi je ne le veux pas vraiment cet enfant. Je dépense des fortunes car je ne sais pas quoi faire d'autre de mon argent. Je prends des traitements difficiles et douloureux, me pique tous les jours et me fais des bleus pour le plaisir. Tous les 48h, je me lève à l'aube pour aller faire une prise de sang et ces après-midi là je subis une échographie pelvienne car quel bonheur d'avoir quelqu'un qui fouille au fin fond de mes entrailles à l'aide d'une sonde géante ! Et puis comment dire qu'on a vraiment vécu sa vie sans être passé par les différents examens sanguins, gynécologiques et compagnie qui vous poussent dans vos derniers retranchements...

7. "Est-ce que vous essayez assez au moins ?"

On joue aux cartes trois fois par jour. On se compte fleurette et surtout on ne cesse de faire des vœux, d'écrire à la cigogne et je gave Monsieur de gingembre, chocolat et autres aphrodisiaques en tous genres... Juste pour info, Mesdames (car ce sont des femmes qui ont ce bon sens à toute épreuve), il n'y a que quatre à cinq jours maximum par mois qui permettent de tomber enceinte et croyez moi entre courbe de température, prises de sang, écho, tests d'ovulation... on ne peut absolument pas rater la date où il faut forniquer comme des lapins, sur commande et sans arrêt ! 

8. "Tu devrais maigrir, comme ça ça ne peut pas marcher."

En toute honnêteté le poids, l'obésité à plus forte raison et la maternité ne font pas bon ménage. Ils ne sont pas les meilleurs amis du monde mais ils ne sont pas ennemis non plus pour autant. Certaines femmes, aussi rondes et belles soient-elles, ont eu de merveilleux enfants. Et il existe qui plus est, bien assez de facteurs et d'origines avérés pour expliquer l'infertilité sans avoir besoin de chercher des raisons qui n'en sont pas réellement. Inutile d'ajouter de faux problèmes, d'être méchants gratuitement et de juger abusivement.




PHASE 3 : LA CONNERIE FACE A L'INFERTILITE RECONNUE
9. "Vous avez des problèmes pour concevoir.
Ca doit vraiment être difficile pour Monsieur. Comment va-t-il ?"
Je crois que c'est celle que je préfère et qui franchement me donne envie de me battre.
Les hommes sont fragiles. Les hommes ne savent pas exprimer leurs sentiments ou encaisser les coups. Ils sont touchés dans leur virilité, l'essence même de ce qu'ils sont... C'est atroce pour eux, pauvres petites choses fragiles et sans défense !!!!
Et nous alors ? C'est une partie de plaisir, un détail insignifiant facilement surmontable dans notre petite vie facile et bien rangée. Ce n'est pas déterminant pour nous, ça ne nous touche pas au plus profond de nous. Ca ne nous conduit pas à nous remettre en question ni même à nous demander à quoi on sert si on ne peut pas donner la vie. Ce n'est pas aussi difficile car nous sommes des femmes... et puis on peut toujours se consoler en s'achetant une nouvelle paire de chaussures ou le dernier vernis Essie du moment !
L'infertilité met beaucoup de couples en difficulté mais la connerie et la débilité surement encore plus !

10. "Au pire vous allez adopter !"
Alors premièrement, adopter n'est pas PIRE ! C'est merveilleux, c'est un choix et qui ne se fait pas par dépit ! Jamais ! Deuxièmement, vous êtes gentils mais vous pourriez nous laisser le temps d'essayer avant de suggérer quoi que ce soit. Troisièmement, adopter n'est pas une chose facile et ne se fait pas dans une animalerie comme pour un chien ! La procédure est longue et difficile. Elle ne se fait pas à la légère et c'est un combat de longue haleine. Enfin, il existe d'autres solutions, certes méconnues mais réelles, autres que l'adoption alors par pitié STOP aux réponses toutes faites et suggestions à la con !
Je sais que j'avais dit 10 mais il y en a encore qui me viennent à l'esprit et que j'adore par dessus tout !
11. "Sinon ce n'est pas grave. Vous n'aurez pas d'enfant, à l'heure actuelle ce n'est pas obligatoire."

Rien ne nous oblige à avoir un enfant, c'est vrai. Mais ce bébé nous le voulons. Nous le voulons même plus que tout. C'est notre projet de vie, notre projet de famille. La concrétisation d'un amour et d'un mariage. Notre désir le plus cher. Un choix murement réfléchi et une logique implacable pour nous qui adorons les enfants et rêvons d'être parents. On ne suit pas une mode juste nos cœurs.

 
12. "Tu ne mesures pas ta chance, tu peux dormir toi au moins."

A cette phrase, la marmotte qui adore dormir que je suis, a envie de répondre : "J'ai bien assez dormi pendant le début de ma vie et je me rattraperai au cimetière, là je rêve d'insomnies et de pouvoir tenir mon bébé dans mes bras !". C'est dingue non ? Suis-je sado maso ? Cool, je vais pouvoir faire la connaissance de Christian Grey. J'en suis toute retournée !

13. "Tu peux sortir quand tu veux sans te soucier de la garde. Quelle liberté !"

J'ai aussi la liberté de te foutre mon poing dans la gueule et de te rayer de ma vie tellement c'est trop !

Au fur et à mesure que l'on entend ces réflexions, nos attitudes et nos sentiments changent. Au début, nous sommes mal à l'aise et tristes face aux "Il est prêt maintenant, vous pouvez y aller." "Tu as l'instinct maternel, vous pouvez vous lancer." ou après une naissance au sempiternel "C'est votre tour maintenant !". Après vient la colère, l'agacement et la rage. Enfin, C'est la fatalité, la résignation et la douleur immense de ce couteau qu'on ne cesse de remuer dans la plaie. Personnellement je me suis presque habituée même si parfois je suis à bout. Je commence même à plaindre celui qui subira les foudres du trop plein...
A vous qui passez par là et qui peut-être lirez ces mots, sachez que toutes ces petites phrases simples et anodines de prime abord, peuvent être vécues comme des raz de marée. Vous ne savez ce que vit le couple au sein de son foyer : simplement le choix de ne pas avoir de bébé, des difficultés à deux ou des problèmes pour enfanter. Vous ne savez rien et vous ne vous doutez surement pas une seconde de ce qui se cache dans leur intimité, à l'abri des regards indiscrets. Vos mots peuvent avoir des conséquences et des effets bien plus violents et tristes que ceux que vous imaginez. Alors par pitié et par expérience, faites attention ! Prenez des pincettes ! Méfiez-vous ou carrément abstenez-vous de dire quoi que ce soit au risque de blesser. Soyez juste présents, vous serez bien plus utiles à ceux qui en auront besoin.
Et vous alors, infertiles persécutées ;-), d'autres expressions parfaites à partager ?
Laquelle avez-vous préféré entendre ?

2 commentaires:

  1. C'est horrible toutes ces réflexions, de la 1ère à la dernière ! Quand on a un peu de pudeur, de sensibilité et de bienveillance, on n'en prononce aucune. Ces phrases, c'est littéralement de la maltraitance !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis pas loin d'être d'accord avec toi pourtant c'est un peu notre lot quotidien et au final il faut s'en détacher car elles font trop de mal à chaque fois. ;)

      Supprimer